S’émouvoir des conditions de vie infrahumaines dans lesquelles vivent dans notre pays des hommes, des femmes et des enfants qui sont venus du leur, chassés par la misère et les discriminations fait de nous des femmes et des hommes de cœur et d’honneur.
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Oui, on a mille fois raison de s’indigner et de refuser que des humains soient réduits à vivre de la sorte !
Mais quelle suite donner à cette indignation ? Quelles solutions doit-on mettre en ouvre ? Qui ? Avec quels moyens financiers, logistiques et humains ?
Le CPAS de Schaerbeek a assuré avec d’autres acteurs communaux et associatifs une partie du volet social et humanitaire de la situation des familles Roms installées au CCN, à la gare du Nord. Des assistants sociaux sont allés sur place pour tenter de voir clair dans leur situation administrative et apporter l’aide prévue, le cas échéant. Lors des premières visites, aucune famille n’était dans les conditions légales pour recevoir de l’aide (il s’agissait d’Européens, la plupart Slovaques). Le CPAS a néanmoins tenté de les aider pour raisons humanitaires, en allant au-delà de ses missions légales. Les assistants sociaux sont ainsi allés délivrer des colis alimentaires, le CPAS a organisé des navettes vers les bains publics et assuré les traitements sanitaires de base avec des infirmières...
Il y avait 35 personnes le vendredi 9. Ils étaient 72 le dimanche 18. Parmi les nouveaux arrivés, la plupart étaient Bosniaques et avaient introduit une demande d’asile. Ceux à qui Fedasil n’a pas réussi à attribuer une place dans un centre d’accueil peuvent demander l’aide au CPAS. Ils ne l’avaient pas fait, ce qui a provoqué une réaction de Médecins du Monde. Il va de soi que dès que le CPAS a été mis au courant de cette situation, 5 familles ont été reçues en urgence. Il faut signaler cependant que le CPAS ne gère pas de centre d’accueil et ne pourra donc octroyer qu’une aide financière, grâce à laquelle ces personnes devront trouver un logement. Elles recevront aussi une aide dans cette recherche de la part de la cellule logement du CPAS. Cela devrait diminuer d’une trentaine le nombre de personnes sans aide. Nous soulignons que le CPAS prend ainsi ses responsabilités de façon particulièrement forte, bien que ces personnes soient sans abri et n’aient donc pas encore d’adresse effective dans la commune.
Rien ne permet de penser que l’arrivée de nouvelles personnes va s’arrêter là. Que faire ? Et est-ce aux politiques schaerbeekois seuls de répondre à cette question ? Parce que Schaerbeek dispose d’une gare sur son territoire, doit-elle prendre en charge tous ceux qui y cherchent refuge ? Schaerbeek est la cinquième commune du pays avec le revenu fiscal par habitant le plus bas. Est-ce aux plus pauvres d’ici de venir seuls en aide aux plus pauvres d’ailleurs ?
Le nombre de dossiers d’aide est passé au CPAS de Schaerbeek de 3.000 à 8.000 en 7 ans. Les pertes d’emploi, les exclusions du chômage, la hausse des loyers, le coût de l’énergie, les régularisations, les débordements de Fedasil amènent les CPAS à intervenir de plus en plus. Chacun de nos assistants sociaux se retrouve avec plus de 220 dossiers à gérer, là où la Flandre par exemple préconise pour un travail social de qualité d’en avoir un maximum de 80.
Nous sommes tous touchés par cette détresse visible. Nous ne voulons pas oublier non plus celle, moins visible, moins médiatique, à laquelle nous répondons aussi tous les jours. Nous vivons dans un monde qui ne tourne pas rond et où les inégalités se creusent. Dans ce monde, une politique sociale spécifique pour les Roms est indispensable. Mais elle nécessite une mobilisation générale partant de l’Europe et impliquant dans notre pays tous les niveaux de pouvoir : le Fédéral, les 3 Régions, les autres Communes doivent prendre leur part de responsabilité.
Le CPAS de Schaerbeek, avec le soutien de la Commune, y prend fidèlement sa part chaque jour…
Dominique Decoux
Présidente du CPAS de Schaerbeek