Je n’ai pas tenu de statistiques mais j’ai un autre baromètre : le premier vendredi de formation il restait encore trois couques en fin de journée. Le deuxième vendredi plus qu’une seule, le sixième vendredi (alors que nous étions moins nombreux) il n’y avait plus aucune couque à midi. Soit les participants arrivaient a jeun soit ils déjeunaient, comme moi, deux fois.
La formation commence par un jeu où deux équipes « s’affrontent ». Il faut faire deviner un mot (en même temps que l’autre équipe) sans le citer et sans rébus.
Hamel invite les deux premiers participants à venir voir le mot qu’il a écrit à l’abri des regards indiscrets : « préjugé ». En moins de 4 secondes je fais deviner le mot à mon équipe. A tour de rôle chacun fait deviner un nouveau mot.
Le but de l’exercice est de savoir par quel procédé, quels termes on utilise pour le faire deviner.
Le plus souvent notre équipe découvre le mot mystère après un ou deux synonymes.
Mon deuxième tour de piste : « culture inconsciente ». Là vous imaginez mon malaise. Devoir faire deviner ce concept sans utiliser « culture » et « conscience » sans mimer et sans rébus. Dans son immense bonté Hamel nous propose de remplacer « culture inconsciente » par « culture invisible ». Merci Hamel pour ce témoignage d’immense gratitude.
Quelques réflexions suscitées par la dernière évaluation :
« Nos lois sont ethnocentristes. Il faudrait envisager un partage dans la réflexion de la loi pour la co-construire ».
« Il est important de rappeler la loi et la règle même si elles nous semblent aller de soi. Les usagers ne connaissent pas spécialement la loi ».
« Evitons les mots tueurs : « Ici c’est comme ça ! ».
« Faisons attention à notre ton, à notre non verbal ».
« Nous sommes trop formés à l’individualisme et pas assez à l’entourage ».
« Frauder la loi, resquiller est très culturellement belge. On frôle l’incident, la menace identitaire du professionnel, en traitant de cas ou des personnes ont très bien intégré ce type de pratique typiquement belge ».
« La pyramide des besoins de Maslow est occidentale (d’abord les besoins physiologiques, puis ceux de sécurité, d’amour et d’appartenance,...). A propos de ce qui est essentiel pour nous ou pour les autres (l’alimentation ou le budget téléphone ?) ».
« Les tontines ou épargnes collectives ça existait dans nos régions au 19e siècle. C’était les caisses d’entraide et de recourt des ouvriers ».
« Demandons-nous au service de qui on se place : de la personne ou de l’Etat ? »
« Le projet migratoire est rarement individuel : c’est souvent celui de la famille, du groupe, de la tribu,... »
Le dernier jour est vraiment « rentabilisé » jusqu’au bout avec beaucoup de questions qui tournent autour du : comment j’aurais pu réagir « autrement » ?
A propos de rentabilité, certains participants poussent le « professionnalisme » jusqu’au paroxysme. Même les temps de pause sont voués au travail, réunion d’équipe,...
Une autre participante à bien fait son devoir. Elle devait s’informer sur le nom donné au tissu qui couvre le visage en ne laissant apparaître que les yeux chez certaines musulmanes.
La participante a fait appel à des ressources extérieures et a obtenu beaucoup de réponses différentes : niqab, ngab, iltem,...
L’exercice lui a permis de rentrer en contact avec les gens, de partager leurs connaissances (différences entre arabe classique, rif et argot) et de porter de l’intérêt au mode de vie de l’autre.
Certains participants ont vécu de drôles d’expériences cette semaine. Des « menaces » à peine voilées de leur jeter un sort, de les envoûter ou de leur attirer le mauvais oeil si on ne répond pas aux demandes particulières de l’usager. Un vrai choc culturel même pour ceux qui croient en ces pouvoirs.
Après un bon et copieux repas au « Peyrac » vient les derniers conseils et l’évaluation orale et écrite de la formation.
Les Conseils :
- « On oublie trop souvent que nous sommes différents ».
« Il faut prendre conscience de sa culture invisible ».
« Il faut tenir compte du fait que les cultures sont inégalitaires ».
« Si vous restez ouvert malgré que l’autre est choquant, il vous sera plus facile de changer son cadre de référence ».
« N’ayez pas peur de dire votre désaccord mais faites attention à la manière de le dire ».
« Regardez l’autre, écoutez ses silences ».
« L’approche interculturelle ne solutionne pas tous les problèmes ».
« Il est important de partager avec d’autres, d’où l’importance des réunions d’équipe ».
« Ayons des ressources dans les communautés. A ce propos n’oublions pas que nous avons des collègues ».
« L’interculturel invite à questionner l’institutionnel ».
« Faites confiance à l’aculturation ».
« Comprendre ce n’est pas le synonyme d’accepter ».
« Il y a dans le chef des travailleurs sociaux une trop grande attente dans la capacité de changer de l’autre ».
Vous pouvez, c’est la période, transformer certains de ces conseils en bonnes résolutions pour 2009.
J’en profite pour vous souhaiter un heureux 2009 fait de rencontres et de projets.
L’évaluation finale :
« On en redemande ! » à propos de la formation.
« Je suis très très satisfaite, tous les sujets sont passionnants (...) 5 ou 6 vendredis c’est vraiment trop peu ».
« Satisfaite car nous avons pu choisir les sujets sur lesquels travailler ».
« J’ai trouvé ces méthodes pédagogiques tout à fait pertinentes et amusantes... »
« J’ai aimé l’alternance entre moments théoriques et exercices pratiques... »
« (...) ce qui est sur c’est que les différents concepts abordés vont modifier certains de mes comportements. »
« (...) privilégier la négociation d’emblée pour éviter certains incidents »
A propos de ce qui va changer dans la façon de travailler : « prendre du recul par rapport à mes premières impressions », « être plus patiente, faire mieux la différence entre mes sentiments, mes émotions et la réalité des faits ».
« Je vais encourager mes collègues à suivre cette formation en 2009. Je pense même que cette formation devrait être obligatoire ( ...) ».
« J’ai apprécié le « changement » de programme en fonction de nos questions, nos demandes et nos besoins ».
« Je pense que la CASS pourrait effectivement être d’une aide précieuse dans la répétition de cette formation (...) ».
« Conseiller à tout qui travaille dans le « relationnel » de suivre cette formation ».
« C’est très enrichissant de rencontrer des travailleurs sociaux de différents milieux et de Schaerbeek ».
- A propos des nouvelles compétences acquises : « (...) ne pas tout ramener à ma culture, mes valeurs, pour comprendre la personne face à moi et ainsi parvenir à plus d’échanges qui humanisent nos relations ».
« J’ai renforcé ma conviction qu’il faut éviter les à priori et qu’il ne faut pas essayer de changer l’autre ».
« Dorénavant, je compte être plus vigilante de comment je me comporte lorsque je suis en relation avec quelqu’un ».
« Je compte démonter tout préjugé que je pourrais entendre autour de moi et pour lesquels j’ai les ressources nécessaires (...) ».
« Au niveau professionnel je pense que c’est un module à conseiller au personnel CPAS ».
« Depuis la formation je prends plus le temps de comprendre leur cadre de référence ».
« Parmi mes collègues intéressés c’est le facteur temps qu’ils mettent en avant pour ne pas participer ».
Et pour terminer en beauté et à propos de l’organisation de la formation : « Très agréable, tenant compte des uns des autres, Eric nous gâtant avec des couques, du café et du thé pour chaque jour et organisant éventuellement une possibilité de manger un repas chaud le midi (à Bouillon de Cultures). Merci à Eric ».
Merci à vous tous et à vous toutes. Rendez-vous est pris le vendredi 6 février dès 8h30 avec du café, du thé et les traditionnelles couques du matin....