La plupart des participants ont évoqué leurs rapports avec les parents, tant il est évident que les besoins des enfants sont liés à ceux des parents.
Or le travail que mènent les intervenants sociaux pour venir en aide aux parents est parfois loin d’être facile.
Les parents en difficulté ont en effet besoin d’une aide matérielle (logement, argent...) mais aussi d’un soutien moral.
Cependant, venir en aide à un adulte est une mission délicate : il faut pouvoir le responsabiliser et non pas l’infantiliser.
Les intervenants ont une grande responsabilité vis-à-vis des parents. Il arrive qu’ils ne parviennent pas ou ne veuillent pas les prendre.
Les différences de culture et d’éducation ne leur facilitent pas la tâche.
Par rapport à ces différences, certains se demandent qui ils sont pour dire aux parents comment s’y prendre avec leurs enfants. Quel modèle d’éducation doivent-ils leur présenter ? Le leur ?
Une participante préconise une certaine naïveté professionnelle qui peut aider à mettre en confiance. Elle propose que le professionnel se fie, pour commencer, à son propre modèle. Par la suite, il est important de pouvoir échanger.
Cependant, l’urgence et la charge de travail ne permettent pas toujours cette concertation.
Par ailleurs, les travailleurs sociaux des CPAS doivent-ils considérer les personnes en tant que parents ou en tant que futurs travailleurs ?
La personne demandeuse d’une aide sociale a-t-elle encore le droit de ne pas se sentir prête à se réinsérer professionnellement ?
Faut-il pousser les femmes qui élèvent seules leurs enfants à travailler alors qu’elles n’ont aucun intérêt financier à avoir un salaire, étant donné que si elles travaillent, elles ont plus de frais (de garde, de transport...) et moins de moyens pour y faire face ?
Malgré ces paradoxes et même s’il n’y a plus de travail pour tout le monde, la loi qui guide l’action en CPAS reste basée sur la mise à l’emploi.
Dans ce contexte, quel type d’accompagnement social peut être réalisé dans les CPAS ?
Tous les assistants sociaux et les conseillers n’ont pas la même notion de l’accompagnement social. Il faudrait qu’ils se réunissent pour mener une réflexion sur ce sujet afin de définir ensemble l’accompagnement social.
Mais les assistants sociaux en CPAS n’ont malheureusement pas de temps à consacrer à un travail de réflexion.
Le manque de temps et de moyens est un problème abordé dans pratiquement tous les ateliers.
Qu’ils travaillent dans un centre PMS, dans une crèche ou dans un CPAS, les travailleurs sociaux estiment manquer cruellement de temps et de moyens tant humains que financiers.
Cette pénurie se fait ressentir à différents niveaux : manque de temps à accorder à la réflexion, manque de temps et de moyens pour établir une relation de confiance avec les parents, manque de temps pour comprendre les caractéristiques d’un contexte familial lors des entretiens avec les parents, jugés trop courts, manque de temps pour faire un travail d’écoute...
Ce problème commun mis à part, les intervenants sociaux sont confrontés à des problématiques spécifiques à leurs lieux de travail respectifs.
Dans les crèches, par exemple, les travailleurs sociaux ont de plus en plus souvent affaire à des femmes seules, qui ont rompu avec le père de leur enfant, parfois avant l’accouchement. Certaines de ces femmes sont très déprimées, se sentent très seules et ont besoin de parler de leurs problèmes.
Pour les aider au mieux, il faudrait les faire bénéficier d’un accompagnement psychologique.
Des psychologues pourraient être présents tous les matins dans les crèches afin d’accueillir les mères en difficulté.
D’autre part, la prise en charge des frais de garde par le CPAS est liée à la mise en place d’un projet de la part des parents et non pas à leur bien-être ni à celui des enfants.
Le lien avec le projet d’insertion des parents entraîne souvent des ruptures successives pour l’enfant vis-à-vis d’un ou de plusieurs milieux d’accueil et provoque parfois la dispersion des fratries.
Un travail devrait être entrepris avec les politiques afin que les maisons d’accueil, les crèches et les haltes garderie soient valorisés et mieux subsidiés.
L’accès au milieu d’accueil devrait être un droit de l’enfant.
Les décisions politiques dans ce domaine devraient tenir compte avant tout du bien-être de l’enfant. Elles devraient favoriser la préservation des fratries et permettre d’éviter que le séjour de l’enfant en milieu d’accueil soit tributaire du projet professionnel des parents.
Un projet récent impose aux crèches d’accepter toutes les nouvelles demandes sans vérifier le projet des parents.
C’est un premier pas.
Mais les places en milieu d’accueil restent largement inférieures à la demande et toujours liées au niveau économique des parents.
Par ailleurs, beaucoup de mères se sentent coupables de mettre leur enfant à la crèche. Souvent, la famille culpabilise la maman.
Le travailleur social doit-il intervenir dans le milieu familial de la maman ?
Afin de répondre à la culpabilité ressentie par les parents qui mettent leurs enfants à la crèche, l’intervenant social doit pouvoir sensibiliser les parents à l’importance d’un milieu d’accueil dans le développement de l’enfant.
Une autre problématique à laquelle sont confrontés les travailleurs sociaux est celle des réfugiés, qui sont hors la loi et pour lesquels il n’existe pas de cadre officiel ni de structures d’accueil.
Cette problématique est particulièrement préoccupante.
Les travailleurs sociaux sont parfois confrontés à des parents qui se sont vu refuser leur demande d’asile. Très souvent, ces parents refusent que leurs enfants soient transférés dans des centres pour mineurs en situation illégale.
En cas de refus persistant, les enfants sont parfois placés de force dans des maisons d’accueil.
Une participante exprime le souhait qu’une étude soit menée sur les structures d’accueil des nouveaux arrivants et les manquements de l’Etat.
Autre problème spécifique : celui des enfants des rues.
Selon nos valeurs et notre conception de la vie, les besoins de l’enfant seraient d’ordre scolaire et d’ordre matériel (besoin d’un logement décent etc.). Mais les enfants des rues ont-ils la même vision ?
Le CPAS n’a pas à prendre de décision à leur place. Il peut seulement proposer des solutions non obligatoires.
Comment dès lors réagir face à l’administration et à la police ?
Les travailleurs sociaux se posent aussi parfois des questions quand ils sont confrontés à certains cas graves qui demandent une intervention judiciaire (maltraitance physique, parents en prison...).
Dans ces cas-là, les enfants doivent être écartés de leur milieu familial et sont placés par le juge.
Cependant, le besoin d’écartement n’implique pas nécessairement que les liens familiaux soient coupés.
Les travailleurs sociaux sont parfois écartelés entre leur souhait de rétablir une relation parents - enfant et leur désir de protéger l’enfant.
Un autre problème est celui des démarches administratives imposées par les CPAS aux personnes qui demandent une aide sociale. Ces démarches sont parfois jugées trop lourdes, voire déshumanisantes pour les personnes fragilisées qui, écrasées sous leur poids, ont du mal à jouer leur rôle de parents.
Pour améliorer leur travail, qui devient de plus en plus complexe, la plupart des participants aux ateliers prônent le développement du partenariat.
Selon eux, le décloisonnement de l’intervention sociale devrait favoriser la mise en place d’un soutien à la parentalité.
Ils souhaitent la mise sur pied d’espaces de rencontres où ils pourraient partager informations, expériences et réflexions.
Ils souhaitent aussi des espaces de rencontres pour les parents.
Une participante propose par exemple la création d’un lieu de rencontre pour les mères africaines.
Toutefois, il ne faudrait pas non plus multiplier à l’excès le nombre d’intervenants. Un éparpillement des repères peut en effet s’avérer préjudiciable pour les enfants et nuire à la cohérence des messages qui leur sont adressés.