Après avoir planté le décor et pour ne pas perdre nos bonnes habitudes, Hamel nous fait directement entrer dans le vif du sujet. Il nous demande de noter une question dont on connaît la réponse (et qui a bien sur un lien avec la formation).
Là on s’est tous regardés éberlués. De grand matin nous demander ce type d’exercice tout en sachant que le café n’est pas encore arrivé et que cela fait deux mois que l’on ne s’est plus revu !
Heureusement le groupe étant de bonne composition chacun d’entre nous s’attelle à sa tâche.
J’ai une réponse en tête mais comment la transformer en une question compréhensible par mes voisins.
Je tente un : « à quoi dois-je être attentif si par exemple quelqu’un est amené à définir son projet d’insertion socioprofessionnel ou le projet d’apprendre une de nos langues nationales ? »
Je me félicite pour mon œuvre matinale. Une question bien balancée qui fait référence à l’un des points importants et souvent évoqués pendant la formation.
Quand je comprends que ma question va atterrir entre d’autres mains ma certitude se transforme rapidement en point d’interrogation. Le fameux « apprenez à vous mettre à la place de... » une des clefs de l’interculturel, fait vaciller ma certitude.
Ma question est, comme la fameuse patate chaude, refilée à mon voisin de gauche.
En retour je reçois, de mon voisin de droite, un travail tout fait (pour ceux qui suivent le carnet de bord vous ne serez pas surpris que c’est encore l’œuvre d’un participant du service ISP).
Grâce à lui j’ai droit à la question suivie d’une réponse très détaillée.
Mais en tant qu’organisateur et participant incorruptible je fais fis de cette tentation. Je plie la feuille pour ne pas être tenté par cette réponse qui me tend les bras.
Je cherche dans ma mémoire des éléments de réponses à une question qui me semble plutôt alambiquée.
Content de refiler la feuille à mon voisin de gauche, je reçois en retour de mon voisin de droite une question simple et précise : « Est-ce qu’une culture est statique ? » et une réponse pleine de bon sens.
La consigne est de donner son avis sur la question et la réponse.
L’exercice nous aide, de façon ludique, à revoir toute une série de concepts et de théories, de dépoussiérer nos mémoires et de reprendre confiance dans nos acquis.
Le tour de table questions/réponses/avis permet de traiter en « peu » de temps les grands thèmes que nous avons abordés lors des 5 journées de formation.
On a revu comment ont été accueillis par la population belge les différentes vagues d’émigration. Et surtout, qu’est-ce qui fait qu’ils ont été bien ou mal accueillis par la population.
On apprend que cela implique qu’il peut y avoir des conflits de génération intrafamiliaux : des parents qui se sont sentis bien accueillis à leur arrivée en Belgique et leurs enfants qui manifestent leur mal être et le sentiment profond d’être victime de racisme.
D’où toute l’importance de transmettre les récits de vie.
Ces discussions créent des liens avec le présent : comment sont reçus les immigrés en Belgique aujourd’hui et que met en place l’Etat pour les accueillir dignement.
L’Etat fédéral en tant que tel, rien.
Chaque niveau de pouvoir y va de sa politique avec par exemple la Flandre qui conditionne son accès à l’aide sociale au suivi de cours.
Chacun apporte sa petite ou grande expérience aux différents minis débats.
Par exemple, un des constats des participants est qu’apprendre une langue avec comme unique « carotte » l’insertion socioprofessionnelle ne marche pas.
Ils constatent que les adultes font la démarche d’apprendre la langue du pays d’accueil dès que leurs enfants sont scolarisés. Les parents se rendent compte que sinon ils ne pourront pas suivre les devoirs de leurs rejetons ni communiquer avec le corps enseignant.
Pour la première fois depuis que j’y travaille j’entends parler du CPAS (par des personnes de l’extérieur) en termes positifs. Il s’agit ici de qualifier sa politique en matière de projet d’accueil des nouveaux migrants.
D’autres sujets d’actualité sont abordés comme la crise économique qui serait pire que celle de 1929. Une crise dont on ne sent pas (encore ?) tous les effets grâce à notre système de sécurité sociale.
Les inscriptions scolaires et les 4000 enfants qui ne savent pas dans quelle école ils seront à la rentrée prochaine.
Une situation qui s’expliquerait par divers facteurs tels la population bruxelloise en forte augmentation et le nombre de places disponibles qui n’a pas suivi la même évolution ; les parents habitants au Brabant wallon qui emmènent leurs enfants étudier à Bruxelles ; les 2e génération qui inscrivent leurs enfants dans les « bonnes » écoles de la capitale.
Par contre les étudiants néerlandophones venant étudier à Bruxelles, malgré tous les efforts financiers de la Communauté flamande, quittent la capitale dès qu’ils ont des enfants. Une des explications serait l’envie que les enfants baignent dans la même culture que celle des parents (à Bruxelles beaucoup d’écoles néerlandophones comptent un grand nombre d’élèves francophones et le français est souvent de mise dans les cours de récréation).
Le sempiternel débat sur la mobilité et les services de la STIB (nous avons parmi les participants un spécialiste qui ne rate jamais une occasion de relancer le débat sur le sujet).
La politique de la STIB pourrait se comprendre par le fait que 60% de ses clients sont des navetteurs. Ce qui expliquerait leur politique du tout au métro.
Des demandes de formation émanant d’hôpitaux afin de sensibiliser leurs infirmières africaines ou d’origine africaine à passer moins de temps à parler avec les malades.
Le comment gérer, lors de formations, les retards perpétuels de certains et la consommation de haschisch d’autres, pendant les pauses.
Un vrai café du commerce sans le café, le thé mais avec le respect les uns des autres, un animateur qui contrôle la situation à tout moment et le tout sous le prisme de l’interculturel.
Des débats riches d’enseignements.
Le reste de la journée est consacré à analyser des incidents critiques vécus par les participants en se basant sur la grille d’analyse des chocs culturels de Margalit Cohen-Emerique.
Les deux sujets élus par les participants sont :
Comment aider une personne qui ne tient pas un discours cohérent sur sa situation et qui à tort ou à raison se sent menacée par l’ensemble d’une communauté. Ou comment aborder la question de la santé mentale.
Comment faire quand on sent que la relation avec l’autre est difficile, quand on part sur de mauvaises bases.
Ces « exercices » sur des cas vécus, permettent de prendre du recul sur une situation donnée et d’écouter le point de vue de personnes extérieures à l’incident critique.
Ceci conclu l’épopée du 1er cycle de formation « Sensibilisation à l’Approche Interculturelle... sous toutes ses facettes »
Enfin peut-être pas.
Certains participants ont émis l’envie de ne pas en rester là, d’engranger encore et encore des connaissances et de partager des expériences avec d’autres.
Les premiers visés sont les 16 participants qui vont débuter leur cycle de formation en ce mois de février 2009.
Que cela n’empêche pas toute personne intéressée par le thème de l’Interculturel de venir les rejoindre. L’Interculturel se nourrit essentiellement de la diversité.
Il suffit de vous manifester en envoyant un mail à eric.semal@cpas-schaerbeek.be