La Coordination de l’Action Sociale de Schaerbeek

Site plateforme d’information et de diffusion du partenariat entre le CPAS et la Coordination Sociale de Schaerbeek

Gros Plan > Nos colloques > L’enfant est-il soluble dans le travail social ? > Interview de Francine Gillot-de Vries, professeur émérite de psychologie du développement et de Philippe Béague, psychologue, psychanalyste et Président de la Fondation Dolto >
Brèves
1er février
Rendez-vous vendredi 10 février 2012 de 12 h à 14h dans l’auditorium du CSA/CPAS, 226 chaussée d’Haecht Le groupe de travail Santé de la CASS fait appel à l’Observatoire de la (...)
6 octobre
La situation des Roms et des réfugiés en attente d’une solution reste intenable. Fedasil, bien qu’il soit compétent en la matière, se trouve actuellement dans l’incapacité (...)
3 octobre
S’émouvoir des conditions de vie infrahumaines dans lesquelles vivent dans notre pays des hommes, des femmes et des enfants qui sont venus du leur, chassés par la misère et les (...)

Interview de Francine Gillot-de Vries, professeur émérite de psychologie du développement et de Philippe Béague, psychologue, psychanalyste et Président de la Fondation Dolto

LES PARENTS, ENTRE BESOIN D’AMOUR ET SOLITUDE

Selon Philippe Béague, les parents d’aujourd’hui ont terriblement besoin d’être aimés.

Ce besoin d’amour s’expliquerait par la solitude grandissante et la multiplication des familles monoparentales dans nos sociétés occidentales. « De nos jours, dit Philippe Beague, nous vivons de plus en plus dans des structures unifamiliales. Nous aurions beaucoup à apprendre des Africains en ce qui concerne le soutien, la texture sociale qui entoure les personnes. Dans nos pays, un resserrement s’est opéré autour du milieu familial. Malgré le développement des moyens de communication, nous ne sommes plus reliés à personne. »

De plus, les gens ont moins d’enfants qu’autrefois. Les familles nombreuses sont devenues rares et la monoparentalité est assez répandue. « Les parents d’aujourd’hui, explique Philippe Béague, n’ont pas assez d’ancrage dans leur propre groupe, c’est-à-dire dans le groupe des gens de leur âge. Ils veulent obtenir de leurs enfants l’amour qu’ils n’ont pas ailleurs. Ils sont tellement angoissés à l’idée d’être seuls qu’ils ont parfois peur d’être trop durs avec leurs enfants et de perdre leur affection. »

Autrefois, cette inquiétude n’existait pas et les parents étaient davantage que de nos jours dans un acte éducatif. Les parents d’aujourd’hui ont plus de mal à faire leur travail d’adulte, qui doit consister à inculquer à l’enfant les règles que la société va lui imposer. La famille est un modèle de petite société où les enfants sont censés apprendre le respect des territoires et de la place de chacun, de la chambre des parents etc.

Même si en matière d’éducation il n’y a pas de modèle idéal ni d’idées générales à respecter absolument, il faut apprendre à l’enfant que sa liberté s’arrête là où commence celle de l’autre.

Par ailleurs, l’éducation doit aussi consister à aider l’enfant à « défusionner » d’avec sa mère, puis d’avec sa famille, à pousser l’enfant à avoir le cran de quitter sa famille et d’aller vivre ailleurs.

« Par rapport à ce qui se passait autrefois, dit Beague, ce ne sont pas les principes qui ont changé mais la façon de les appliquer. A cet égard, l’éducation est soumise à des « modes », des courants qui varient selon les époques. Par exemple, le fait qu’il n’y ait plus de guerres dans nos pays fait qu’il y a chez nous, malgré les problèmes économiques et sociaux, une sorte de douceur de vivre. Alors qu’autrefois, les enfants étaient préparés à prendre éventuellement les armes... »

Dans les années 70, rappelle Philippe Béague, ont émergé des valeurs de rencontre, de parole, de ressourcement. Depuis lors, dit-il, nous évoluons vers une société où tout doit se faire à la douce, gentiment. Cette gentillesse et cette douceur imprègnent l’éducation.

« Cependant, insiste Philippe Béague, il ne faudrait pas oublier que l’enfant a besoin d’agressivité pour vivre. S’il faut combattre la violence, il ne faut pas bannir l’agressivité pour autant. Car l’agressivité est nécessaire, même au début de la vie, quand l’enfant fait ses premiers pas à l’école, par exemple. »

Pour Francine Gillot-de Vries également, l’éducation ne doit pas consister à enfermer les enfants dans une bulle ni à vouloir les préserver de toute expérience négative. « Certains parents, dit-elle, ont parfois peur des émotions de leur enfant parce qu’elles leur rappellent leurs propres émotions. A ces parents-là, il faut apprendre à écouter leur enfant. Il faut leur apprendre qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises choses au niveau des émotions. Il faut aussi leur expliquer qu’il est important de se parler entre parents et enfants. »

Comme Philippe Béague, Francine Gillot-de Vries considère la solitude comme un danger qui menace certains parents. « La pire chose pour les familles monoparentales, dit-elle, est la solitude. Certaines femmes, par exemple, n’ont pas de compagnon, ne travaillent pas et vivent cloîtrées. Ces femmes-là sont en danger. Il faut reconstruire un tissu social autour d’elles, combattre leur isolement. »

Au sujet de l’augmentation des divorces et des séparations, Francine Gillot-de Vries pense que le modèle traditionnel de la famille reste un idéal pour la plupart des gens. « Pourvu que cet idéal subsiste, s’exclame-t-elle, on en a besoin ! Les jeunes d’aujourd’hui sont romanesques, ils ont envie de former un couple qui dure même si leurs parents se sont séparés. Autant les garçons que les filles ont envie de vivre un grand amour. »

Même si le divorce est entré dans les normes, surtout à Bruxelles où le nombre de séparations est particulièrement élevé, il est toujours une source de souffrance pour l’enfant. « Bien sûr, le pire pour un enfant ce sont les parents qui s’entredéchirent et restent ensemble. Cela n’empêche qu’une séparation parentale reste douloureuse pour un enfant. Il a toujours le fantasme que le couple parental se reforme. En général, ce fantasme existe jusqu’à l’arrivée d’un beau-père ou d’une belle-mère : à ce moment-là, l’enfant doit faire le deuil de son fantasme et c’est très dur pour lui. En tout cas, même si le divorce se banalise, il serait dangereux de faire croire que la séparation est vécue de nos jours moins douloureusement qu’avant. »