Nous savons que le tabagisme est responsable de nombreuses pathologies aigues et chroniques ainsi que de nombreux décès prématurés.
Selon l’ISSP, 24% des Belges fument quotidiennement et un tiers des décès chez les hommes seraient dus au tabac. De plus, son rôle est important dans les causes d’invalidité et d’incapacités. Ceci est encore plus marqué chez les personnes en situation de précarité où le tabac est responsable pour moitié de la différence de mortalité avec le restant de la population.
On constate que 53.6% des personnes dont la scolarité se limite aux primaires fument, 41.5%pour le secondaire inférieur, 36.3% pour le secondaire supérieur, et 24% pour les études supérieures ou universitaires.
De même, l’âge de la première cigarette va en moyenne de 15.8ans (pour les primaires) à 17.2 ans pour les études supérieures.
L’intensité de la dépendance, (mesurée par les 2 questions : « quand fumez-vous votre 1ère cigarette après votre réveil ? » et « combien de cigarettes fumez-vous par jour ? ») est d’autant plus importante que le niveau scolaire est bas : le ratio est de 1 à 3. Ce qui est vraiment énorme. Cela explique probablement la difficulté plus grande qu’ont les personnes à niveau social modeste à réussir leurs tentatives d’arrêt.
Des comparaisons internationales faites dans une étude de l’Université d’Amsterdam montrent des différences entre les pays du Sud et du Nord. Par rapport aux populations favorisées, les populations défavorisées fument plus au Nord qu’au Sud.
Une étude menée en Grande Bretagne montre que la diminution de la prévalence du tabagisme ne se manifeste que dans les classes favorisées tandis que le comportement des personnes de milieu précarisé est resté inchangé.
Au niveau européen, le prévalence du tabagisme des jeunes de 16 à 24 ans est quasi 2 fois supérieure chez les jeunes de scolarité modeste par rapport aux jeunes de scolarité élevée.
Et en Belgique, ce ratio est de 1 à 3. Ce qui fait de nous les champions toute catégorie.
Comment expliquer cela ?
Il est probable que les explications des inégalités soient différentes selon les étapes : de l’initiation tabagique, du passage au tabagisme régulier et des tentatives d’arrêt.
Les personnes d’origine modeste fumeraient plus parce qu’elles ont subi très tôt le tabagisme de leurs parents et de leur entourage.
C’est l’influence de la norme de comportement ; par exemple, si on interdit de fumer chez lui, le jeune s’il se met à fumer, débutera plus tardivement.
De même si le jeune passe d’une école où l’on ne fume à une autre où un quart des jeunes fument, le risque qu’il se mette à fumer augmenterait de 15 % et comme on fume plus par exemple dans les écoles professionnelles fréquentées majoritairement par des jeunes de milieu modeste...
C’est aussi le problème de la quête d’identité, fumer devient un symbole de maturité et d’affirmation de soi et de rébellion face à l’autorité et même, pour les filles, une manière de rivaliser avec les garçons.
C’est aussi privilégier la gestion des risques immédiats à la possibilité d’augmenter son espérance et sa qualité de vie dans le futur. Fumer serait un des seuls plaisirs d’une population qui doit faire face à un avenir plutôt sombre et qui chercherait ainsi à compenser les effets néfastes d’un environnement social précaire.
La semaine prochaine, nous aborderons des pistes pour élaborer une politique de prévention et d’éducation à la santé tenant compte de ces inégalités.
Sources et infos : (1) résumé de l’article paru dans Education Santé n°231 p 8 à 14, voir les auteurs de l’article et les différentes sources des travaux scientifiques de référence dans la revue.
Elle est disponible au service Bien-être et Santé
Site d’Education Santé.