Conférence de Philippe Béague, psychologue, psychanalyste, Président de la Fondation Françoise Dolto.
Il faut se débarrasser des préjugés sur les bons et les mauvais parents.
Au fond, on ne sait pas ce qu’est un bon parent.
La seule chose qu’on sait : un enfant est né de cette femme-là et de cet homme-là et il doit faire avec.
En se mettant dans une position de soutien et non dans une position de juge, on peut aider les parents en difficulté.
Il ne faut pas vouloir qu’ils deviennent comme on le voudrait. Chacun doit développer sa propre parentalité.
Quand les personnes ont l’impression d’être jugées, ça ne les aide pas à améliorer certaines choses.
Les professionnels ne peuvent pas être au niveau de l’émotion, du réflexe. Il est nécessaire pour eux de prendre du recul.
Leur travail ne consiste pas à protéger les enfants de leurs parents.
Il consiste à détecter la maltraitance et non pas à la soupçonner.
Alors que le mot « maltraitance » est très répandu, le néologisme « bientraitance » est important et devrait être utilisé.
Il exprime une façon de regarder les gens différemment, un état d’esprit dénué d’accusations et d’idées préconçues.
La question des préjugés est importante.
Quand on prend le temps d’écouter les parents en difficulté on s’aperçoit que même les « pires » d’entre eux auraient vraiment voulu être les parents qu’ils avaient rêvé d’être.
Quand on les fait parler, ils finissent souvent par dire que leur relation à leur enfant est l’échec de leur vie et que c’était déjà l’échec de leurs parents.
L’échec, en effet, se transmet.
La plupart des parents veulent éduquer leurs enfants au mieux. Mais le désir de bien faire peut être parasité par des tas de choses, des problèmes financiers, des problèmes de logements etc.
Certaines idées peuvent aussi parasiter l’envie des parents de faire au mieux. Exemple d’idée parasite : les parents doivent faire le bonheur de leurs enfants, ils doivent donner sans cesse.
Dans le temps, cette idée existait déjà mais on se souciait du bonheur futur des enfants, on les préparait pour qu’ils deviennent capables de se débrouiller en tant qu’adultes.
Il ne faut pas tenter d’assurer un bonheur permanent à ses enfants.
Or, aujourd’hui, les parents ont terriblement besoin d’être aimés. Ils ont donc parfois tendance à vouloir satisfaire toutes leurs envies.
Cependant, l’éducation ne consiste pas à dire oui tout le temps. Il faut parfois dire non et imposer des limites aux enfants.
Autrefois, les parents n’élevaient pas seuls leurs enfants, ils bénéficiaient de la sécurité du groupe. Cela existe encore chez certaines populations de pays en voie de développement où les enfants sont pris en charge par la collectivité.
Dans nos pays occidentaux, ce type d’éducation n’existe plus.
Néanmoins, l’enfant a la chance de pouvoir rencontrer des professionnels autour de lui. Par exemple, le personnel qui travaille dans les crèches, les enseignants, les psychologues ou assistants sociaux.
Grâce à eux, on retrouve la notion de groupe qui est très importante car un enfant ne doit pas être élevé par une ou deux personnes seulement.
C’est pourquoi il est recommandé de mettre son bébé à la crèche.
Pourquoi les chômeurs ne pourraient-ils pas mettre leurs enfants à la crèche ? C’est merveilleux d’aller à la crèche.
La crèche est lieu d’accueil pour les enfants mais aussi pour les parents.
Pour qu’un enfant s’y sente bien, il faut que sa mère s’y sente bien et son père également.
En ce qui concerne le travail des professionnels, il doit se passer dans le respect mutuel. Il ne doit pas se faire dans le jugement. Il doit plutôt tenir compte du fait que tous les parents veulent toujours faire au mieux.
Les professionnels ne doivent pas non plus vouloir remplacer les parents.
On n’est jamais parent à la place des parents.
Il y a parfois des problèmes avec le monde enseignant parce qu’actuellement il y a parfois confusion des rôles. Or les parents, les professeurs et autres éducateurs ont chacun leur rôle, auquel ils doivent se tenir.
A propos d’enseignement, il ne faut pas créer une école pour parents, ni leur donner de leçons d’éducation.
Car être parent ne s’apprend pas, ça se fait « sur le dos des enfants ».
L’important est d’aider les parents à exprimer ce qu’ils vivent.
Françoise Dolto n’a jamais donné de conseils valables pour tout le monde. Les seuls conseils qu’elle a donnés s’adressaient à des parents en particulier et étaient adaptés à leur situation et à leur enfant. Ces conseils n’étaient valables que pour ces parents-là.
Conclusion : Les éducateurs, les professeurs, les gens qui s’occupent de la petite enfance sont les gens les plus importants au monde.
Quand se décidera-t-on à leur donner davantage de moyens ?