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S’émouvoir des conditions de vie infrahumaines dans lesquelles vivent dans notre pays des hommes, des femmes et des enfants qui sont venus du leur, chassés par la misère et les (...)

Mon quartier, ses repères

Relever ensemble les atouts et les faiblesses de son quartier, partager avec les autres ses expériences positives ou négatives pour construire un nouveau savoir... ces marches exploratoires sont une initiative du Centre de Formation Cardijn (Cefoc), de la Maison Médicale « Le Noyer » et de la Maison Médicale « Alpha Santé ».

Malgré l’absence de trams je suis encore dans les temps. Disons que ce petit imprévu me servira d’échauffement. Je croise en chemin une des participantes à cette « marche exploratoire ». Nous avons 5 minutes d’avance et personne ne semble nous attendre dans la salle d’accueil du n° 100 de la Maison Médicale. Un petit coup de fil de l’accueillante plus tard et nous sommes aiguillés vers le vrai lieu de rendez-vous : le 42d.

Voilà ce qui arrive quand on est trop sûr de soi et qu’on fait l’impasse sur une lecture détaillée du programme d’activités.

Murièle, l’animatrice du Cefoc, nous propose un bref instantané des tenants et aboutissants à cette première rencontre : « notre objectif premier est de faire apparaître des réalités de ce quartier. Ces réalités seront plutôt basées sur le ressenti, le qualitatif que le quantitatif ».

Lors de ce minitrip pédestre nous allons développer nos sens et nos perceptions à travers :

-  le plaisir de marcher ensemble ;
-  l’observation des lieux comme si on était un touriste, une personne qui découvre le quartier pour la première fois ;
-  la description de ce qu’on observe.

Un deuxième groupe fera ses observations en pleine soirée et un troisième et dernier groupe le fera le week-end. De cette façon le quartier sera analysé sous toutes ses coutures.

En décembre les marcheurs des trois groupes se réuniront et réagiront à la synthèse des éléments récoltés ». Le rendez-vous est noté dans les agendas respectifs.

C’est au tour des participants d’expliquer leurs motivations à participer à ce projet plutôt original : « j’habite le quartier depuis 18 mois, j’éprouve de la curiosité, une envie de découvrir ». Certains participants expliquent leurs difficultés de communication avec les autres dans leur quartier, un endroit pas très éloigné des Institutions européennes. Les autres ce sont ces « eurocrates » qui résident mais ne vivent pas dans le quartier, ce sont aussi ces primo arrivant venus d’ailleurs avec qui il est difficile d’entamer une conversation : « ils refusent tout contact ». Après une vérification directe et sans détours par une des marcheuses que nous sommes bien entre personnes de bonne compagnie (et non avec des personnes aux idées extrêmes), les premiers échanges sous forme de conseils fleurissent : « il y a une autre wasserette pas très loin où l’on peut discuter le coup le temps d’une machine ». L’atmosphère se détend de quelques crans, la confiance s’installe.

Le tour de table peut continuer en toute sérénité : « on se connaît peu dans le quartier, on vit dans des appartements, les seuls échanges se résument à des « bonjour » dans l’ascenseur ».

« J’ai connu de grandes difficultés ces dernières années comme celle de perdre mon mari. Cette période a coïncidé avec la fin de ma carrière professionnelle. Toutes mes références, mes habitudes ont volé en éclats. S’en est suivi quelques années de repli sur soi. Depuis quelque temps je me sens mieux, je découvre mon environnement, je m’ouvre sur mon quartier ».

Une autre participante n’y va pas par quatre chemins : « je suis ici pour critiquer, j’adore critiquer ».

Le dernier intervenant, un homme, n’habite plus Schaerbeek mais le Condroz. Il revient de temps en temps dans la cité des ânes pour son côté cosmopolite, métèque. « Il y a beaucoup d’avantages d’habiter à Schaerbeek, croyez-moi, j’habite à la campagne et je sais de quoi je parle ».

Afin de délimiter, cerner cette première promenade, l’animatrice nous invite à choisir un lieu ressource dans les environs, un endroit que l’on connaît, fréquente, apprécie ou au contraire un lieu que nous n’avons jamais eu le loisir de visiter. Nous avons le choix entre partager ses repères actuels et s’en créer de nouveaux. Belle alternative.

Premier écueil, la notion de quartier* diffère fortement d’une personne à l’autre. D’autant plus que le point d’ancrage est la rue du Noyer (côté pair sur Schaerbeek et côté impair sur Bruxelles) qui part de la chaussée de Louvain pour aboutir au Parc du Cinquantenaire.

Certains endroits proposés par les participants n’étaient pas repris sur le plan de la commune. Le plus simple est de naviguer à vue, on verra bien à partir de quel moment on s’éloigne un petit peu trop du camp de base.

Premier arrêt : la place des Chasseurs Ardennais, le point névralgique du quartier tant par ses commerces horeca que par son marché du vendredi après-midi. Chacun donne ses impressions sur le lieu, ses commodités, sa fréquentation, ses anecdotes...

Deuxième arrêt : la place « Jamblinne de Meux ». Un parc qui accueille chaque année la « Fête de la Musique » ainsi que des projections de cinéma en plein air. Aussi un lieu de rencontre et de détente sur l’heur du midi pour les nombreux jeunes et adolescents des écoles avoisinantes.

Changement de plan, le parc du Cinquantenaire malgré tous ses atouts (3 musées, un formidable panoramique sur Bruxelles, des espaces verts...) est trop éloigné.

Troisième arrêt : le théâtre de la Balsamine. Une belle découverte pour beaucoup d’entre nous. Malgré une entrée peu sécurisante et un flot continu d’élèves sortant du théâtre, nous poussons la porte d’entrée et découvrons les lieux. Le fait d’être en nombre pousse à plus d’audace. Une cafétéria où règne une ambiance délicieusement apaisante, offre une magnifique vue sur le parc à l’arrière des anciennes casernes « Dailly ». La chaleur ambiante des locaux est propice à l’échange d’impressions et de souvenirs. Une des participantes nous commente les particularités du théâtre, son public, son agenda...

J’ai la vague impression que ce joli théâtre verra bientôt débarquer l’un ou l’autre participant à cette marche exploratoire.

Le temps presse. Il est temps de retourner à la Maison Médicale « Le Noyer » pour donner ses premières impressions avant de se quitter et se donner rendez-vous dans trois semaines.

-  « Positivement étonné »
-  « Sympathique, agréable. Un tour que je n’avais plus fait depuis longtemps ».
-  « J’aurai du le découvrir il y a 6 ans, quand j’étais paumée, dans l’anonymat et la solitude que certains vivent ».
-  « La marche permet de parler, c’est beaucoup plus convivial que la voiture ».
-  « J’ai découvert des lieux que je ne connaissais pas, des endroits très arborés. Finalement la rue du Noyer est la seule qui n’a pas d’arbres ».
-  « Cette balade m’a permis de découvrir ce qui fait la vie d’un quartier : ses restos, cafés, bouquinistes, commerces, espaces verts... ».

Si même celle qui est venue pour critiquer trouve la démarche intéressante, c’est que c’était vraiment très bien.

Rendez-vous est pris le 16 novembre pour mettre l’accent sur tout ce qu’on veut changer.

Le Noyer va t-il enfin bourgeonner ce printemps ?

* Quartier : Partie d’une ville ayant une physionomie propre, une certaine unité.