Conférence de Francine Gillot-de Vries, professeur de psychologie du développement à l’ULB.
Le lien entre l’enfant et ses parents commence avant la naissance : des interactions précoces ont lieu, qui se font par la voix, les gestes, l’odeur.
Quand l’enfant naît, il est déjà inscrit dans une histoire : c’est le concept de transgénérationalité.
L’enfant est modelé par ses parents et il modèle ses parents.
Les enfants ne réagissent pas tous de la même façon, ils ont chacun leur personnalité.
A propos de la relation parents - enfant, on parle de modelage et d’adoption réciproques.
C’est l’interaction entre les caractéristiques du tempérament de l’enfant et des parents qui va marquer le tempérament de l’enfant.
L’enfant naît avec des caractéristiques qui lui sont propres et qui vont être soit accentuées soit atténuées par l’interaction avec les parents.
Cette interaction est liée à une notion clé dans le développement de l’enfant : l’attachement.
L’attachement est un besoin primaire, comme le lait maternel.
La plupart des auteurs disent qu’il est un facteur d’épanouissement tant pour les enfants que pour les parents.
L’enfant est un être social dont l’objectif est de maintenir l’attachement aux personnes qui prennent soin de lui.
Car l’attachement est lié à la sécurité. L’enfant a besoin de savoir que quelqu’un est toujours là pour veiller sur lui. S’il sait que même en cas d’absence de la personne qui prend soin de lui il est en sécurité, il se sentira plus libre pour partir à la découverte du monde.
Pour expliquer ce processus, des études ont été faites sur « l’expérience de la situation étrange ». Il s’agit d’analyses du comportement d’enfants de 16 à 18 mois, que l’on met avec leur mère dans une pièce. Ils jouent ensemble pendant un moment, puis la mère s’en va. Quand elle revient, les retrouvailles entre elle et son enfant sont examinées.
Ces analyses ont mis à jour différentes catégories d’enfants.
La première catégorie est celle des enfants sécures. La majorité des enfants sont sécures c’est-à-dire qu’ils ont une réaction courte d’angoisse lorsque leur mère s’en va.
Ces enfants ont une représentation stable de leurs parents, ils ont le souvenir d’expériences positives avec eux.
Dans une deuxième catégorie d’enfants, se trouvent les sécures hésitants. Ils ne manifestent pas d’angoisse ni de joie, ils sont en retrait.
Une troisième catégorie rassemble des enfants qui expriment une certaine détresse et n’ont pas assez d’expériences positives avec leurs parents pour pouvoir se sentir en sécurité.
Dans la quatrième catégorie se trouvent les enfants insécures et désorganisés. Ces enfants ont plus de chances que les autres de présenter plus tard des troubles du comportement et des troubles mentaux et le fait d’identifier leur insécurité permet de faire de la prévention.
La qualité des relations avec les parents durant la première ou les premières années de vie détermine la qualité des attachements ultérieurs d’un individu.
L’enfant a un certain nombre d’attentes vis-à-vis de son entourage, autrement dit il a des modèles opérationnels internes d’attachement. Il se fait une représentation interne du monde à l’image de ses interactions avec son entourage. Cette représentation se construit pendant la première année et permet à l’individu de se repérer dans ses relations à autrui.
Il y aurait une continuité entre l’attachement des parents à leurs propres parents et la façon dont eux-mêmes interagissent avec leur enfant.
Par exemple : une mère qui a eu des mauvais rapports avec sa propre mère aura du mal à s’occuper d’un enfant qui attend tout d’elle.
Certains parents sont condamnés à la répétition intergénérationnelle alors que d’autres parents ne répètent pas ce qu’ils ont vécu.
Pour évoquer l’ aptitude à sortir de la fatalité qui consiste à revivre sa propre enfance à travers celle de ses enfants, on parle de « résilience ».
La résilience est le fait de pouvoir se développer et rebondir en dépit de l’adversité qu’on a connue.
Elle se produit dans 40% des cas.
Pour l’expliquer, il faut parler de la notion de réflexion sur soi. Certaines mères qui ont eu des carences précoces développent de la réflexion sur soi, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité de se distancier par rapport à leur enfant, de le considérer comme un être différent d’elles.
Un autre élément pouvant stimuler la résilience est le fait d’avoir eu des rapports privilégiés avec une personne au cours des premières années de vie.
L’humour peut aussi être un facteur favorisant la résilience.
Certaines personnes sont résilientes parce qu’elles ont de l’humour, ce qui leur permet de surmonter leurs difficultés.
La résilience n’est pas éternelle : il ne faudrait pas croire que lorsqu’on est résilient, on le reste toute sa vie.
Si la résilience n’est pas éternelle, l’attachement lui aussi est fragile.
Il n’est ni figé ni acquis une fois pour toutes, c’est quelque chose qui se met en place tout au long de la vie.
Par ailleurs, il y a peu de correspondances entre la qualité de l’attachement à la mère et la qualité de l’attachement au père.
Quand l’un des deux parents est défaillant, l’enfant peut s’attacher à l’autre : c’est ce qu’on appelle « la fonction compensatoire ».
En ce qui concerne le rôle du père, on peut aujourd’hui affirmer qu’un homme est aussi bien disposé qu’une femme pour répondre aux besoins de son bébé.
Un bébé, en effet, cherche autant le contact avec son père qu’avec sa mère, même s’il se tourne davantage vers sa mère quand il se sent fatigué ou inquiet.
Mais les parents ne sont pas les seuls à s’occuper de leur enfant.
Quand ils sont en difficulté et font appel à des professionnels, ces derniers doivent les replacer dans des conditions telles qu’ils puissent évoquer ce qu’ils ont vécu en tant qu’enfants et qu’ils ont souvent refoulé.
Parfois, les parents en difficulté ont du mal à accepter l’aide qu’on leur propose parce qu’ils ne veulent pas exprimer les problèmes qu’ils ont eus quand ils étaient enfants. Il faut les aider à mettre des mots sur ce vécu.
Même si ce n’est pas toujours facile, on peut aider les parents en difficulté à certains moments-clés du développement de l’enfant c’est-à-dire à sa naissance et au moment où il prend son autonomie, commence à marcher etc.
Quand les parents sont angoissés par leurs problèmes d’emploi ou de logement, cette précarité peut entraîner des problèmes au point de vue de l’attachement.
L’attachement peut se créer dans des conditions de précarité mais il se construira différemment et sera parfois complexe à élaborer.
En ce qui concerne les familles immigrées, elles sont souvent séparées de leur famille d’origine et vivent souvent des situations conflictuelles par rapport à leurs traditions. Souvent, les femmes cultivent encore l’idée que leur rôle principal est d’être mères et elles ont des problèmes parce que leurs mères à elles sont absentes.
Conclusion : L’enfant doit rester l’explorateur de son monde interne et gagner son autonomie.
